L'OCDE a publié les résultats de PISA 2025 le 8 septembre 2026, et la journée a suffi pour que le mot « effondrement » circule partout. Les chiffres sont réels et méritent d'être regardés en face. Mais entre ce que mesure PISA, ce que la presse en retient et ce que ça implique pour un élève précis — toi, ou ton enfant — il y a trois choses différentes. Cet article démêle les trois, à partir de la Note d'Information de la DEPP publiée le jour même. Et pour passer du diagnostic national à ton cas concret, tu peux explorer les formations avec leurs taux d'accès et débouchés (nouvel onglet) en parallèle.
Ce que PISA mesure, et ce qu'il ne mesure pas
PISA évalue les élèves de 15 ans dans trois domaines : compréhension de l'écrit, culture mathématique et culture scientifique. Point essentiel : l'enquête ne teste pas les programmes scolaires français. Elle mesure la capacité à mobiliser des connaissances dans des situations concrètes, parfois éloignées de l'exercice scolaire — lire un mode d'emploi, interpréter un graphique, raisonner sur un problème du quotidien.
C'est pourquoi PISA et les évaluations nationales ne racontent pas toujours la même histoire. La DEPP le note explicitement : en mathématiques, le test de positionnement de début de seconde est en légère hausse entre les rentrées 2021 et 2024, alors que PISA baisse. Les deux ne mesurent pas la même chose.
Deux repères de méthode utiles pour lire les commentaires du jour.
Chaque cycle a un « domaine majeur ». En 2025, c'était la culture scientifique. L'écrit l'était en 2018, les maths en 2022 — ce sont donc ces années-là qui servent de référence pour les comparaisons dans chaque matière.
Le rythme a changé. PISA avait lieu tous les trois ans depuis 2000 ; à partir de 2025, l'enquête passe à tous les quatre ans. Le prochain cycle est donc attendu en 2029, pas en 2028.
Les chiffres 2025 pour la France
Voici l'essentiel, sans arrondi militant.
| Domaine | Score France 2025 | Moyenne OCDE | Évolution France |
|---|---|---|---|
| Compréhension de l'écrit | 456 | 461 | −18 points vs 2022 |
| Culture mathématique | 458 | 463 | −16 points vs 2022 |
| Culture scientifique | 483 | dans la moyenne | en baisse depuis 2015 |
Source : DEPP, Notes d'Information n° 26.40 et suivantes, publiées le 8 septembre 2026.
Dans les trois domaines, la France se situe dans la moyenne de l'OCDE. Et dans les trois, elle baisse.
Deux précisions changent la lecture de ces baisses.
La première : la chute n'est pas française, elle est générale. En compréhension de l'écrit, la moyenne de l'OCDE recule de 14 points entre 2022 et 2025 — un décrochage du même ordre que celui observé trois ans plus tôt après la pandémie. Seuls huit pays échappent à la baisse, dont un seul progresse : la Turquie. En mathématiques, à l'exception de cette même Turquie, aucun pays de l'OCDE ne voit son score augmenter.
La seconde : la baisse française s'ajoute à une baisse antérieure. Le score en compréhension de l'écrit avait déjà perdu 19 points entre 2018 et 2022 ; celui en mathématiques, 21 points. Sur les mathématiques, le contraste est net avec la période précédente, où le score français était resté stable depuis 2006. En 2003, la France obtenait 511 points en culture mathématique. Elle en obtient 458 aujourd'hui.
Pour donner un ordre de grandeur, l'OCDE considère qu'environ 20 points de score équivalent à une année de scolarité. Vingt ans séparent donc les deux mesures, et l'écart entre elles est proche de deux ans et demi d'apprentissage.
« 27e place mondiale » : le chiffre qu'il faut manier avec précaution
C'est le nombre le plus repris aujourd'hui, et le moins informatif.
PISA n'est pas un classement au sens sportif. Les scores sont assortis d'intervalles de confiance : quand deux pays sont séparés de trois ou quatre points, la différence n'est statistiquement pas significative, et les classer l'un devant l'autre n'a pas de sens. La DEPP raisonne d'ailleurs autrement. En compréhension de l'écrit, elle relève que parmi les pays de l'OCDE, 19 ont un score supérieur à celui de la France et 12 un score inférieur, six pays — Allemagne, Danemark, Espagne, Hongrie, Norvège, Portugal — ayant un score statistiquement équivalent.
Deuxième piège : les rangs « mondiaux » mélangent membres de l'OCDE et pays partenaires, dont certaines économies qui n'évaluent qu'une partie de leur territoire. Comparer la France à un pays entier, et à une seule ville-région d'un autre, produit un rang spectaculaire mais bancal.
En tête, on retrouve les mêmes systèmes qu'en 2022 : le Japon et la Corée du Sud dans les deux domaines, l'Irlande et l'Estonie en compréhension de l'écrit, l'Estonie et la Suisse en tête des pays européens en mathématiques.
Le même réflexe de prudence vaut pour les palmarès d'établissements supérieurs, comme on l'a expliqué à propos du classement de Shanghai (nouvel onglet) : un rang résume mal ce qu'une méthodologie mesure.
Le vrai chiffre : un élève sur trois en difficulté
Si un seul indicateur mérite l'attention, c'est celui-là — et ce n'est pas le rang.
PISA répartit les élèves en neuf niveaux de compétence. En dessous du niveau 2, un élève n'est pas en mesure d'utiliser sa lecture pour acquérir des connaissances ou faire face à une situation pratique. Ces élèves sont dits « en difficulté ».
- Compréhension de l'écrit : 33 % des élèves français sont sous le niveau 2 en 2025. Ils étaient 27 % en 2022, 21 % en 2018, 15 % en 2000. Moyenne OCDE : 30 %.
- Mathématiques : 36 % sont sous le niveau 2, contre 29 % en 2022. Moyenne OCDE : 35 %.
Autrement dit, un élève de 15 ans sur trois quitte le collège sans savoir se servir de ce qu'il a appris dans une situation ordinaire. Pour l'orientation, c'est le chiffre décisif : ce n'est pas un problème de classement international, c'est un problème d'accès réel aux formations qui exigent de lire un énoncé et de raisonner.
L'autre bout de la distribution a bougé aussi, et personne n'en parle. La part des élèves les plus performants — au-dessus du niveau 4 — est passée de 7 % à 4 % en compréhension de l'écrit entre 2022 et 2025. En mathématiques, elle est tombée de 15 % en 2003 à 5 % en 2025, contre 8 % en moyenne dans l'OCDE. Le vivier des très bons élèves en maths a été divisé par trois en vingt ans.
Les inégalités : l'angle mort français
C'est le point sur lequel la France se distingue le plus nettement, et rarement en bien.
PISA construit un indice de statut économique, social et culturel à partir du niveau d'éducation des parents, de leur profession et des ressources du foyer. L'écart de score entre élèves très favorisés et très défavorisés atteint en France :
- 91 points en compréhension de l'écrit, contre 77 dans l'OCDE ;
- 95 points en mathématiques, contre 83 dans l'OCDE.
La France figure ainsi parmi les pays de l'OCDE où l'origine sociale pèse le plus sur les résultats. Ce n'est pas nouveau — c'est un constat récurrent depuis les premiers cycles PISA — mais il reste massif. Concrètement, entre deux élèves de 15 ans, l'écart moyen lié au milieu social dépasse quatre années de scolarité.
Deux autres écarts méritent d'être signalés, parce qu'ils orientent les choix de filière sans qu'on les nomme.
En lecture, les filles devancent les garçons de 32 points (30 dans l'OCDE), et l'écart s'est creusé de 12 points depuis 2022 : le score des filles a baissé de 11 points, celui des garçons de 23. Sous le niveau 2, on trouve 39 % des garçons contre 26 % des filles.
En mathématiques, l'écart s'inverse : 464 points pour les garçons, 451 pour les filles, soit 13 points, stable depuis 2022. En 2025, dans aucun pays de l'OCDE les filles n'obtiennent un résultat significativement supérieur aux garçons dans ce domaine.
Ce que PISA ne dit pas de ton lycée ni de ton niveau
Voici la mise au point la plus utile pour un lecteur qui prépare une orientation.
PISA ne classe pas les établissements. L'enquête repose sur un échantillon national d'élèves de 15 ans, conçu pour être représentatif du pays. Elle ne produit aucun résultat par lycée, par collège ou par académie. Un score national qui baisse ne dit strictement rien de l'établissement où tu es scolarisé. Pour ça, les indicateurs de valeur ajoutée des lycées existent, et ils sont d'une autre nature : ils mesurent ce que l'établissement apporte à ses élèves compte tenu de leur profil d'entrée. Tu peux les consulter sur le classement des lycées (nouvel onglet) et le classement des collèges (nouvel onglet).
PISA ne dit rien de ton niveau personnel non plus. C'est une moyenne nationale sur un échantillon. Elle décrit un système, pas un élève.
Et PISA ne prédit pas ta réussite dans le supérieur. Un élève français de 2025 entre dans un système où les taux d'accès, les attendus et les débouchés se jouent formation par formation. C'est là que se prend la décision réelle — et notre comparatif BTS, BUT ou licence (nouvel onglet) est un meilleur outil de décision qu'un rang international.
Ce que ces résultats changent concrètement pour ton orientation
Trois conséquences pratiques, qui valent qu'on s'y arrête.
Les mathématiques restent le filtre le plus discriminant. Avec 36 % d'élèves en difficulté et un vivier de très bons élèves divisé par trois, les maths sont l'endroit où se ferment le plus de portes — filières scientifiques, économiques, écoles d'ingénieurs, mais aussi BUT et BTS techniques. Si tu es en seconde, c'est le paramètre à traiter en premier au moment de choisir tes enseignements : on détaille ce qui pèse vraiment dans choisir ses spécialités au lycée (nouvel onglet).
La compréhension de l'écrit est sous-estimée comme critère d'orientation. Elle conditionne la lettre de motivation Parcoursup, les épreuves de dossier, le grand oral, et surtout la première année de licence — où le décrochage tient autant à la lecture d'énoncés longs qu'aux connaissances. Notre guide pour réussir sa première année de licence (nouvel onglet) part précisément de là.
Un résultat faible à 15 ans n'est pas un verdict. C'est une donnée que PISA lui-même documente. En France, 19 % des élèves seulement pensent que leur intelligence est fixe et qu'ils n'y peuvent rien, contre 31 % en moyenne dans l'OCDE — l'une des proportions les plus faibles de tous les pays participants. Les élèves français, contrairement à ce qu'on lit parfois, croient largement en leur capacité à progresser. C'est une force du système, et elle est mesurée. Si l'orientation après la 3e se joue en ce moment pour toi, les options réelles sont détaillées dans orientation après la 3e : les trois voies (nouvel onglet), et une voie professionnelle n'est pas une voie de relégation — c'est ce que montre notre article après un bac pro (nouvel onglet).
Écrans, effort, parents : ce que disent vraiment les données de contexte
Ces indicateurs alimentent beaucoup de commentaires. Ils méritent d'être cités avec leurs nuances, parce que la DEPP les assortit systématiquement d'un avertissement.
Les écrans. Les élèves français déclarent 4,9 heures par jour devant un appareil numérique hors week-end et vacances, dont 3 heures pour les loisirs. C'est moins que la moyenne de l'OCDE (3,4 heures de loisirs), et moins que l'Italie (4,4) ou l'Allemagne (3,7). Surtout, l'Estonie et la Pologne, deux systèmes nettement plus performants que le nôtre, déclarent respectivement 4,6 et 4,9 heures de loisirs sur écran. Le temps d'écran seul n'explique donc pas le classement.
L'effort. Sur une échelle de 1 à 10, les élèves français déclarent un effort de 6,4 pendant le test, contre 7,2 dans l'OCDE — le niveau le plus bas de tous les pays sauf le Luxembourg, en recul par rapport à 2018 (7,2) et 2022 (7,0). Mais la DEPP précise que cet effort est faiblement corrélé à la performance : les élèves déclarant un effort moyen obtiennent 450 points en lecture, ceux déclarant un effort maximal, 447. L'hypothèse du « ils ne se sont pas appliqués » n'explique pas la baisse.
Le soutien familial. 49 % des élèves français déclarent que leurs parents s'intéressent à ce qu'ils apprennent en classe, contre 63 % en 2022 et 58 % dans l'OCDE. La DEPP y voit d'abord un retour à la normale après le cycle 2022, marqué par l'implication exceptionnelle des familles pendant les fermetures d'établissements — et note là encore que l'indicateur est peu corrélé à la performance.
À noter aussi, moins commenté : dans le domaine « résolution informatique de problèmes », la France obtient 497 points contre 500 pour l'OCDE. Sur les compétences numériques appliquées, l'écart avec les autres pays est bien plus faible que sur les fondamentaux.
Que faire de tout ça, concrètement
Un rapport international ne se traduit pas en décision individuelle. Ce qui se traduit en décision, c'est de savoir où tu en es, ce qui te motive et quelles portes cela ouvre.
Prends l'ordre suivant. D'abord, clarifie ton profil : ce qui t'intéresse, ce dans quoi tu es à l'aise, ce que tu es prêt à travailler. Les tests d'orientation gratuits de Projet Ariane (nouvel onglet) — RIASEC, personnalité, valeurs — font ce travail en quelques minutes, sans compte payant ni carte bancaire. Ensuite, relie ce profil à des métiers réels, avec leurs salaires et leurs recrutements, via les fiches métiers (nouvel onglet). Enfin, vérifie les formations qui y mènent et leurs taux d'accès.
Et si la rentrée soulève d'autres questions pratiques, on a fait le point sur tout ce qui change en 2026 pour les collégiens et les lycéens (nouvel onglet).
Sources officielles citées
- DEPP — Note d'Information n° 26.40, « PISA 2025 : les acquis des élèves de 15 ans en compréhension de l'écrit et en culture mathématique en baisse en France et dans l'OCDE » (Fernandez A., Salles F., Bernigole V., De Monestrol H., septembre 2026), publiée le 8 septembre 2026 : score France 456 en compréhension de l'écrit (OCDE 461), −18 points vs 2022 après −19 entre 2018 et 2022, OCDE −14 points ; 19 pays OCDE au-dessus et 12 en dessous ; 33 % d'élèves sous le niveau 2 (27 % en 2022, 21 % en 2018, 15 % en 2000), OCDE 30 % ; 4 % au-dessus du niveau 4 contre 7 % en 2022 ; écart filles-garçons de 32 points ; score France 458 en culture mathématique (OCDE 463), −16 points vs 2022 après −21 entre 2018 et 2022, OCDE −9 points, 511 points en 2003 ; 36 % sous le niveau 2 contre 29 % en 2022, OCDE 35 % ; 5 % au-dessus du niveau 4 contre 15 % en 2003, OCDE 8 % ; garçons 464 et filles 451 ; écarts sociaux de 91 points (écrit) et 95 points (maths), contre 77 et 83 dans l'OCDE ; résolution informatique de problèmes 497 (OCDE 500) ; 19 % des élèves jugeant l'intelligence fixe (OCDE 31 %) ; 4,9 heures d'écran quotidiennes dont 3 heures de loisirs (OCDE 3,4 heures) ; effort déclaré 6,4 sur 10 (OCDE 7,2) ; soutien familial déclaré par 49 % des élèves contre 63 % en 2022. https://doi.org/10.48464/ni-26-40 (nouvel onglet) — consultée le 8 septembre 2026.
- DEPP — « PISA 2025 : en culture scientifique, le score baisse par rapport à 2015 en France comme dans l'OCDE », publiée le 8 septembre 2026 : score moyen de 483 points en culture scientifique, dans la moyenne de l'OCDE. https://www.education.gouv.fr/depp/pisa-2025-en-culture-scientifique-le-score-baisse-par-rapport-2015-en-france-comme-dans-l-ocde-et-505639 (nouvel onglet) — consultée le 8 septembre 2026.
- Ministère de l'Éducation nationale — Dossier « PISA 2025 : une baisse des résultats commune à l'OCDE, un relèvement à poursuivre », 8 septembre 2026. https://www.education.gouv.fr/dossier-pisa-2025-une-baisse-des-resultats-commune-l-ocde-un-relevement-poursuivre-505714 (nouvel onglet) — consulté le 8 septembre 2026.
- Ministère de l'Éducation nationale — Présentation du programme PISA : évaluation des élèves de 15 ans en lecture, sciences et mathématiques, tous les 3 ans depuis 2000 puis tous les 4 ans à partir de 2025. https://www.education.gouv.fr/depp/pisa-programme-international-pour-le-suivi-des-acquis-des-eleves-41558 (nouvel onglet) — consulté le 8 septembre 2026.
- OCDE — Résultats du PISA 2025 (Volume I), note par pays : France, publiée le 8 septembre 2026. https://www.oecd.org/fr/publications/resultats-du-pisa-2025-volume-i_5a2c9236-fr/france_9840dc6b-fr.html (nouvel onglet) — consultée le 8 septembre 2026.




