Une année à l'étranger ne se décide pas au printemps : elle se prépare à l'automne précédent. Erasmus+ verse entre 225 et 786 € par mois selon la destination, et l'aide à la mobilité internationale ajoute 400 € pour les boursiers — mais les deux passent par un dossier déposé au service des relations internationales, souvent près d'un an avant le départ. Voici ce que tu peux réellement toucher, ce qui se cumule, et le calendrier à tenir. Pour le reste de ton financement, tu peux passer en revue les aides à la mobilité auxquelles tu as droit (nouvel onglet).
Qui peut partir avec Erasmus+, et pour combien de temps
La condition est plus simple que sa réputation : il suffit d'être inscrit dans un établissement d'enseignement supérieur participant au programme. Toutes les universités françaises et la majorité des autres établissements y participent. Au niveau européen, aucun critère de revenus ni de résultats académiques ne conditionne l'accès à la bourse.
Le point le plus souvent ignoré concerne le niveau d'études. Erasmus+ ne se limite pas aux universités : un étudiant en BTS est éligible, au même titre qu'un doctorant. Si tu prépares un BTS Commerce international (nouvel onglet), la mobilité fait partie des usages courants de la filière — encore faut-il que ton établissement soit détenteur de la charte Erasmus+, ce que le service des relations internationales te confirmera en une question.
Côté durée, deux formats coexistent : les mobilités courtes de 5 à 30 jours, et les mobilités longues de 2 à 12 mois. Le plafond est de 12 mois par cycle d'études — BTS, licence, master, doctorat comptent séparément. Tu peux les répartir comme tu veux entre études et stage : quatre mois de stage en M1 puis huit mois d'études en M2 tiennent parfaitement dans l'enveloppe, et un nouveau crédit de 12 mois s'ouvre si tu poursuis en doctorat.
Deux précisions qui évitent des mois perdus. D'abord, aucune demande ne se fait directement auprès de l'agence Erasmus+ : ce sont les établissements qui sélectionnent leurs candidats, avec leurs propres critères (résultats, cohérence du projet, motivation). Ensuite, la nationalité n'entre pas en ligne de compte : c'est le pays de l'établissement d'envoi qui détermine l'éligibilité, pas ton passeport.
Combien verse la bourse Erasmus+ chaque mois
Le montant dépend de trois choses : le type de mobilité (études ou stage), le pays d'accueil et la durée. Les pays participants sont répartis en groupes selon leur coût de la vie, et chaque établissement fixe ensuite son propre montant à l'intérieur de la fourchette.
Les fourchettes correspondent à des montants moyens : ton établissement peut se situer n'importe où à l'intérieur, selon l'enveloppe qu'il a obtenue et le nombre d'étudiants qu'il envoie.
| Pays d'accueil | Période d'études | Période de stage |
|---|---|---|
| Groupe 1 (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Finlande, Irlande, Islande, Italie, Liechtenstein, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Suède) | 292 à 606 €/mois | 442 à 756 €/mois |
| Groupe 2 (Chypre, Espagne, Estonie, Grèce, Lettonie, Malte, Portugal, Slovaquie, Slovénie, Tchéquie) | 225 à 550 €/mois | 375 à 700 €/mois |
| Groupe 3 (Bulgarie, Croatie, Hongrie, Lituanie, Macédoine du Nord, Pologne, Roumanie, Serbie, Turquie) | 225 à 550 €/mois | 375 à 700 €/mois |
| Pays tiers non associés (régions 1 à 3 et 5 à 12) | 700 €/mois | 700 €/mois + 150 € |
Source : Agence Erasmus+ France / Éducation Formation, barème consulté en août 2026.
Le stage rapporte donc mécaniquement 150 € de plus par mois que la même destination en études. Les étudiants inscrits dans un établissement des régions ultrapériphériques ou des PTOM perçoivent un forfait de 786 €/mois, porté à 936 € en stage.
À cela s'ajoute une contribution forfaitaire aux frais de voyage, calculée sur la distance et bonifiée si tu voyages en train, en bus ou en covoiturage : 285 € pour un trajet de 100 à 499 km en transport écoresponsable (contre 211 € sinon), 417 € entre 500 et 1 999 km (contre 309 €), et jusqu'à 1 735 € au-delà de 8 000 km. Sur une destination européenne, prendre le train rapporte donc une centaine d'euros de plus que l'avion.
Enfin, un complément inclusion de 250 € par mois existe pour les étudiants ayant moins d'opportunités. En France, les critères sont précis : situation de handicap ou affection de longue durée, résidence en zone de revitalisation rurale ou en quartier prioritaire de la ville, bourse sur critères sociaux d'échelon 6 ou 7, demandeur d'emploi de catégorie A, entre autres. Ce complément se cumule avec le supplément stage.
Cas particulier : les masters conjoints Erasmus Mundus relèvent d'un régime à part, avec une bourse pouvant atteindre 1 400 € par mois — mais sans les compléments habituels ni la contribution voyage.
L'aide à la mobilité internationale : 400 € de plus, sous conditions
L'AMI est l'aide française qui vient doubler la bourse européenne. Son montant est de 400 € par mois, et c'est la seule des deux qui soit réservée à un public précis : il faut être boursier de l'enseignement supérieur sur critères sociaux ou bénéficiaire d'une allocation annuelle au titre des aides spécifiques. Si tu n'es pas boursier, l'AMI n'est pas pour toi — la bourse Erasmus+, si.
Trois autres conditions s'ajoutent : préparer un diplôme national (ou un diplôme d'établissement conférant un grade universitaire) relevant du ministère chargé de l'enseignement supérieur, être inscrit dans un établissement public ou contractualisé avec l'État, et que le séjour s'inscrive dans ton cursus. La durée aidée va de 1 à 10 mois consécutifs, avec un plafond de 10 mois cumulés sur l'ensemble de tes études supérieures.
Voici le point que presque aucun article ne mentionne, et qui change la façon de monter son dossier : l'AMI fait l'objet d'un contingent annuel notifié à chaque établissement. Ce n'est pas un guichet ouvert où l'éligibilité suffit. Le chef d'établissement retient les candidatures « en fonction de la qualité et de l'intérêt pédagogiques des projets individuels » et de leur cohérence avec la politique internationale de l'établissement. Autrement dit, tu es en concurrence avec les autres candidats de ton université, et c'est la solidité de ton projet d'études qui départage.
Le montant exact t'est communiqué avant ton départ, modulé selon la durée du séjour, l'éloignement du pays d'accueil et son coût de la vie. La circulaire recommande de verser au moins une mensualité avant le départ — un détail à demander explicitement au service des relations internationales, parce qu'il conditionne ta capacité à payer une caution sur place. L'AMI est cumulable avec l'aide au mérite, et l'assiduité aux cours est contrôlée : en cas de manquement, le versement s'arrête immédiatement.
Ce qui se cumule vraiment : un budget, pas une bourse
L'erreur classique est de raisonner en « ma bourse Erasmus ». En réalité, tu empiles jusqu'à quatre lignes, et c'est leur somme qui décide si le projet tient.
| Ligne de financement | Cumulable avec Erasmus+ ? |
|---|---|
| Bourse sur critères sociaux (CROUS) | Oui, elle est maintenue |
| Aide à la mobilité internationale (400 €/mois) | Oui, si tu es boursier |
| Complément inclusion (250 €/mois) | Oui, selon ta situation |
| Aide au mérite | Oui, cumulable avec l'AMI |
| Aides régionales, municipales, OFAJ, OFQJ | Oui, selon les règlements locaux |
La bourse sur critères sociaux (nouvel onglet) mérite une précision. Elle continue d'être versée pendant une mobilité, y compris si tu pars étudier dans un pays membre du Conseil de l'Europe, à condition d'être inscrit à temps plein dans un établissement officiellement reconnu par ce pays et de préparer un diplôme national. Deux situations ouvrent ce droit : être inscrit dans un pays de l'Union européenne, de l'Espace économique européen ou en Suisse, ou poursuivre à l'étranger des études commencées en France dans un État ayant ratifié l'accord européen du 12 décembre 1969. Les montants et échelons sont détaillés dans notre guide de la bourse CROUS 2026-2027 (nouvel onglet).
Un cas chiffré, pour rendre tout ça concret. Prenons une étudiante boursière échelon 6 qui part cinq mois à Lisbonne, en séjour d'études. Le Portugal relève du groupe 2, soit 225 à 550 €/mois d'Erasmus+. Son échelon 6 lui ouvre le complément inclusion de 250 €. Si son dossier AMI est retenu, elle touche 400 € de plus. Sa bourse CROUS continue de tomber en parallèle. Total mensuel hors bourse CROUS : entre 875 et 1 200 €, auxquels s'ajoute un forfait voyage de 417 € si elle fait Paris-Lisbonne en train (309 € en avion). Sur cinq mois, l'écart entre l'hypothèse basse et l'hypothèse haute dépasse 1 600 € : d'où l'intérêt de demander à ton service des relations internationales le montant qu'il applique réellement, avant de choisir ta destination.
Le calendrier : c'est à la rentrée que ça se joue
Étudiant.gouv est explicite : il faut compter entre 6 et 12 mois de délai avant le début du séjour. Pour un départ à la rentrée universitaire suivante, cela signifie déposer sa candidature à l'automne — c'est-à-dire maintenant, si tu vises l'année prochaine.
Le calendrier précis varie d'un établissement à l'autre, et il n'existe pas de date nationale. La première démarche est donc toujours la même : demander l'échéancier au service des relations internationales, ou à l'enseignant référent pour l'action européenne et internationale (ERAEI) si ton établissement n'a pas de service dédié. Ce sont eux qui détiennent la liste des accords signés avec des universités partenaires — et cette liste, pas la carte de l'Europe, détermine tes destinations possibles.
Côté versement, la règle générale est un paiement en deux temps : une partie avant le départ ou peu après l'arrivée, le solde à la fin de la mobilité, une fois les attestations et le rapport de mobilité remis. Anticipe ce décalage dans ta trésorerie : la caution d'un logement à l'étranger se paie avant que le solde n'arrive.
Une prolongation reste possible si ton établissement dispose encore de fonds — à demander avant la fin de la période initiale, jamais après, et toujours dans la limite des 12 mois par cycle.
Ce que la bourse ne couvre pas
L'agence Erasmus+ le dit elle-même, et c'est une honnêteté rare : la bourse n'a pas vocation à couvrir l'ensemble des frais. Elle finance une partie du séjour, pas le séjour.
Les postes qui restent à ta charge sont ceux qui font dérailler les budgets : caution et premier loyer, assurance santé et responsabilité civile à l'étranger, visa et titre de séjour hors Union européenne, frais de dossier de l'université d'accueil dans certains pays, billet de retour si le forfait voyage ne couvre qu'un aller. Pour cadrer l'ensemble, notre analyse du budget étudiant 2026-2027 (nouvel onglet) donne les ordres de grandeur d'une année, à transposer au coût de la vie local.
Un mot sur le stage à l'étranger, souvent choisi comme porte d'entrée plus rapide qu'un échange d'études. Attention à une confusion fréquente : la gratification minimale prévue par le droit français ne s'impose pas à un organisme d'accueil étranger, qui applique sa propre législation. Un stage en Europe peut donc être très peu rémunéré, voire pas du tout — c'est précisément pour ça que le supplément Erasmus+ de 150 €/mois compte double dans ce cas. Nos guides sur la gratification de stage (nouvel onglet) et la recherche de stage (nouvel onglet) rappellent ce que la convention doit prévoir dans les deux cas.
Le programme est saturé : ce que ça change pour ton dossier
Erasmus+ n'a jamais eu autant de succès, et c'est une mauvaise nouvelle pour les candidats mal préparés. En 2024, près de 164 000 mobilités ont été réalisées au départ de la France, contre 142 000 en 2023, soit une hausse de 15 % — la France reste le premier pays d'envoi en Europe, avec deux millions de participants depuis la création du programme.
Le financement, lui, ne suit pas la même courbe. Sur l'appel à projets 2025, la demande s'est élevée à 890 M€ pour une enveloppe de 433,6 M€. Le taux de financement de la demande, tous secteurs confondus, était tombé à 44 % en 2024. Il s'est redressé dans l'enseignement supérieur, à 62 % en 2025 contre 58 % l'année précédente — mais cela signifie toujours qu'une part des demandes reste sans réponse favorable.
Un dernier chiffre, plus dérangeant : en 2024, seuls 11 % des participants du supérieur étaient déclarés comme ayant moins d'opportunités, contre 18 % tous secteurs confondus. La mobilité étudiante reste socialement sélective. Si tu es boursier échelon 6 ou 7, le complément inclusion et l'AMI sont exactement conçus pour corriger ce déséquilibre — encore faut-il les demander, et beaucoup ne le font pas faute d'en connaître l'existence.
La conséquence pratique tient en trois gestes : soigne l'argumentaire pédagogique de ton dossier (pourquoi cette université, quels cours, quelle articulation avec ton diplôme), dépose-le dans les délais de ton établissement, et prépare une destination de repli. Un projet précis passe devant un projet enthousiaste.
Avant de choisir ta destination
Le réflexe naturel est de choisir un pays. Le bon réflexe est de choisir un cursus, puis de vérifier qu'il te rapporte des crédits reconnus au retour : c'est le contrat pédagogique, signé avant le départ, qui garantit la validation de ton année. Sans lui, une mobilité brillante peut se solder par un semestre à refaire.
Regarde aussi ce que la destination t'apporte au-delà de la langue. Une mobilité pèse dans certains parcours plus que dans d'autres : le métier de juriste international (nouvel onglet) en est l'exemple type, où une expérience à l'étranger fait partie des attendus. Pour situer les universités d'accueil qu'on te propose, notre lecture du classement de Shanghai 2026 (nouvel onglet) rappelle ce que ces palmarès mesurent vraiment — et ce qu'ils ne mesurent pas.
Si la mobilité s'inscrit dans un projet plus large de pause ou de réorientation, deux pistes complètent le tableau : l'année de césure (nouvel onglet), qui peut accueillir un séjour à l'étranger structuré, et les solutions détaillées dans notre guide Mon Master (nouvel onglet) si ton admission en master reste incertaine.
Enfin, si le projet de mobilité te sert surtout à repousser une question d'orientation encore ouverte, prends le problème dans l'autre sens : les tests d'orientation gratuits de Projet Ariane (nouvel onglet) relient ton profil à des métiers concrets en quelques minutes. Partir un an à l'étranger avec un projet clair, c'est une année qui compte ; partir pour gagner du temps, c'est une année de plus à la même question.
Sources officielles citées
- Étudiant.gouv (MESR) — Bourses Erasmus+ et Aide à la mobilité internationale (AMI) : AMI de 400 €/mois, séjour de 1 à 10 mois consécutifs et 10 mois maximum sur l'ensemble du cursus, réservée aux boursiers sur critères sociaux ou bénéficiaires d'une allocation annuelle ; complément inclusion de 250 €/mois et ses critères ; délai de 6 à 12 mois avant le départ ; maintien de la bourse sur critères sociaux dans un pays membre du Conseil de l'Europe et accord européen du 12 décembre 1969. https://www.etudiant.gouv.fr/fr/bourses-erasmus-et-aide-la-mobilite-internationale-ami-67 (nouvel onglet) — page publiée le 26 mars 2025, consultée en août 2026.
- Bulletin officiel de l'enseignement supérieur (n° 9, 2026) — Modalités d'attribution des bourses sur critères sociaux, des aides au mérite et des aides à la mobilité internationale pour l'année 2026-2027 (circulaire ESRS2604201C, fondée sur l'article D. 821-3 du Code de l'éducation) : contingent annuel notifié aux établissements, critères d'attribution, sélection sur la qualité et l'intérêt pédagogiques du projet, modulation selon durée, éloignement et coût de la vie, mensualité fixée par arrêté interministériel, versement d'au moins une mensualité avant le départ, contrôle d'assiduité, cumul avec l'aide au mérite. https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/bo/2026/Hebdo9/ESRS2604201C (nouvel onglet) — consulté en août 2026.
- Agence Erasmus+ France / Éducation Formation — Étudier à l'étranger grâce à la bourse Erasmus+ : barème des bourses études et stage par groupe de pays, supplément stage de 150 €/mois, forfait de 700 € pour les pays tiers non associés, 786 € pour les RUP et PTOM, forfaits voyage par tranche de distance et bonus écoresponsable, complément inclusion et ses critères français, plafond de 12 mois par cycle, bourse Erasmus Mundus jusqu'à 1 400 €/mois, cumul avec les autres aides. https://agence.erasmusplus.fr/aide-a-la-mobilite-erasmus/bourse-erasmus-enseignement-superieur/ (nouvel onglet) — consulté en août 2026.
- Agence Erasmus+ France / Éducation Formation — Chiffres de la mobilité Erasmus+ : résultats de l'appel à projets 2024 et tendances 2025 (actualisé le 18 août 2025) : près de 164 000 mobilités au départ de la France en 2024 contre 142 000 en 2023 (+15 %), deux millions de participants depuis la création du programme, enveloppe 2025 de 433,6 M€ pour 890 M€ demandés, taux de financement de la demande de 44 % en 2024 et de 62 % dans l'enseignement supérieur en 2025, 11 % de participants ayant moins d'opportunités dans le supérieur contre 18 % tous secteurs. https://agence.erasmusplus.fr/2025/07/15/chiffres-mobilite-erasmus-ap-2024/ (nouvel onglet) — consulté en août 2026.






